Qui était François Villon, le poète voleur du Moyen Âge ?
Né à Paris en 1431, François de Montcorbier dit Villon est l'écrivain le plus paradoxal du XVᵉ siècle : maître ès arts de la Sorbonne à 21 ans, et déjà voleur et meurtrier à 24. En 1455, il tue un prêtre dans une rixe rue Saint-Jacques — légitime défense plaide-t-il — et obtient sa grâce. En 1456, il participe au cambriolage du Collège de Navarre : 500 écus volés, exil forcé. Il écrit le Lais, premier de ses chefs-d'œuvre. Pendant cinq ans il erre, écrit le Testament, fréquente la Coquille (la pègre de l'époque). Puis il arrive à Meung-sur-Loire.
1461 : l'arrestation et le "cachot de Mehun"
Les circonstances exactes de son arrestation restent floues. On sait qu'il est jeté dans les geôles du château de Meung — résidence d'été des évêques d'Orléans — sur ordre de Thibault d'Aussigny, prélat redouté pour sa sévérité. Villon n'a jamais pardonné. Dans le Testament, il consacre quatre strophes vengeresses à son tortionnaire : "Soit Thibault d'Aussigny ! / Dieu lui face bien ce qu'il m'a fait !". Aujourd'hui encore, les guides du château de Meung mentionnent "le cachot de Villon" — une cellule troglodyte taillée dans le rocher calcaire.
La torture par l'eau et la condamnation à mort
Villon évoque la "question de l'eau", torture judiciaire standard du XVᵉ siècle : le supplicié, attaché sur un chevalet, doit ingérer plusieurs litres d'eau par un entonnoir. Les archives ne précisent pas le motif de sa condamnation à Meung. Mais le verdict est la pendaison. Le poète attend son exécution dans le cachot. C'est là qu'il compose la fameuse Ballade des Pendus : "Frères humains qui après nous vivez, / N'ayez les cœurs contre nous endurcis…". Le texte le plus émouvant de la langue française est né dans une cave de Meung-sur-Loire.
Visiter les souterrains du château de Meung aujourd'hui
Le château de Meung-sur-Loire propose un parcours qui descend dans les souterrains troglodytiques. La visite dure environ 1h15 et comprend les appartements de l'évêque, la chapelle, mais surtout les oubliettes et le "cachot de Villon". Compter 13€ adulte, ouvert d'avril à novembre. La descente impressionne : escalier étroit, humidité tenace, plafond bas, et cette cellule taillée dans le calcaire. Conseil : prenez la visite guidée du week-end, le guide raconte des anecdotes absentes du parcours libre.
Lectures et podcasts pour préparer la visite
Trois ressources. Lire : la Ballade des Pendus et le Testament en édition bilingue Folio. Écouter : le podcast "Au cœur de l'Histoire" de Stéphane Bern a consacré un épisode entier à Villon sur Europe 1. Regarder : le film "Je François Villon" de Serge Meynard (2009), tourné dans le Loir-et-Cher. Une demi-journée de préparation transforme la visite des souterrains en moment de pèlerinage littéraire.
Depuis La Maison du Château, vous êtes à 3 minutes à pied du château de Meung. Une matinée de visite, un déjeuner sur la place du marché, et vous repartez avec une histoire que peu de Parisiens connaissent.
Comment Louis XI l'a sauvé in extremis
Le 22 juillet 1461, Charles VII meurt. Son fils Louis XI fait une joyeuse entrée à Meung-sur-Loire le 2 octobre. Coutume médiévale : à chaque entrée royale, les prisonniers sont graciés. Villon sort libre, hagard, du château de Meung. Il regagne Paris, écrit en quelques mois son chef-d'œuvre absolu — le Testament — puis disparaît en 1463. Sans ce hasard royal d'octobre 1461, à 200 mètres de notre maison, la poésie française aurait perdu son plus grand auteur médiéval.