Pourquoi Léonard a accepté l'invitation de François Iᵉʳ en 1516
À 64 ans, Léonard est en disgrâce. Son protecteur Julien de Médicis vient de mourir. Sa main droite est paralysée par un AVC. Ses commandes se raréfient. François Iᵉʳ lui fait une offre extraordinaire : maison de manoir au Clos Lucé, pension annuelle de 700 écus d'or (400 000 euros actuels), liberté totale, titre de "premier peintre, ingénieur et architecte du Roi". Aucune obligation de production. Léonard, vieux, malade, accepte. Il quittera l'Italie pour ne jamais y revenir.
Le voyage de Rome à Amboise avec la Joconde sous le bras
L'automne 1516, Léonard prend la route à dos de mule. 1 300 km par le col du Mont-Cenis. Il emporte trois tableaux : la Joconde, le Saint Jean-Baptiste, la Sainte Anne. Et une vingtaine de manuscrits. Le voyage dure deux mois. Pourquoi emporter la Joconde ? Commande non livrée du marchand florentin Francesco del Giocondo, projet de retouches éternelles, ou attachement. C'est ainsi que le tableau le plus célèbre du monde s'est retrouvé à Amboise, où François Iᵉʳ l'achètera après sa mort.
Le quotidien au Clos Lucé : inventions, fêtes, projets royaux
Léonard ne peint plus. Son ambition s'oriente vers les fêtes de cour, l'urbanisme et l'invention. François Iᵉʳ lui commande la fête du baptême du dauphin (1519), Léonard imagine un lion mécanique qui marche. Il planche sur un projet de palais royal à Romorantin. Il imagine un système hydraulique pour assécher les marais de Sologne. Il dessine des escaliers à double révolution — ce qui inspirera l'escalier de Chambord trois ans après sa mort. Le Clos Lucé est aujourd'hui musée vivant : 40 maquettes grandeur réelle de ses machines.
Le souterrain secret reliant Clos Lucé au château d'Amboise : mythe ou réalité ?
La légende préférée des guides amboisiens : un souterrain de 400 mètres relierait directement le Clos Lucé au château royal d'Amboise, permettant à François Iᵉʳ de rendre visite à Léonard. Vérité ? Un souterrain existe bel et bien, partiellement creusé. Il est visible au Clos Lucé sur les 30 premiers mètres. Les archéologues penchent pour une galerie défensive incomplète, pas un tunnel d'amitié royale. Néanmoins, les sources de l'époque attestent que François Iᵉʳ rendait visite à Léonard "presque chaque jour".
Sa mort le 2 mai 1519 dans les bras de François Iᵉʳ ?
L'iconographie l'a immortalisée : Léonard mourant, soutenu par le roi en larmes. Vraie ? Probablement pas. François Iᵉʳ se trouvait à Saint-Germain-en-Laye le 2 mai 1519, à 230 km d'Amboise. La scène a été inventée par Vasari en 1568, popularisée par Ingres en 1818. Léonard meurt entouré de son disciple Francesco Melzi et de son serviteur Battista de Villanis. Il lègue ses manuscrits à Melzi, ses vignes à Battista, son tableau à Salaï. Le mythe royal est faux, mais l'amitié sincère entre François Iᵉʳ et Léonard est attestée.
Où est vraiment enterré Léonard ? Le mystère de sa tombe
Léonard est enterré le 12 août 1519 dans la collégiale Saint-Florentin du château d'Amboise. Mais en 1802, la collégiale est détruite et les ossements sont jetés pêle-mêle. En 1863, l'archéologue Arsène Houssaye fouille les décombres et identifie un squelette avec un crâne anormalement grand — il décrète : "C'est Léonard". Les ossements sont transférés dans la chapelle Saint-Hubert. Vérité historique ? On n'en sait rien. Aucune analyse ADN n'a jamais été faite, le squelette pourrait être celui d'un autre courtisan.
Le Clos Lucé est à 1h10 de Meung-sur-Loire. Une journée bien remplie pour entrer dans l'intimité du génie qui a clos l'âge d'or italien — et inauguré la Renaissance française.